Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

C’est le Sunday Time qui a vendu la mèche dans un article paru dimanche dernier. Monarch Airlines et easyJet pourraient être en discussion en vue d’un rachat de la première par la seconde. Une perspective tout à fait crédible

Des rumeurs non démenties

Depuis l’annonce du Sunday Time, c’est l’effervescence. EasyJet, l’une des compagnies low cost qui partagent le titre de leader européen, va-t-elle racheter sa consœur britannique Monarch Airlines ? La réaction des deux compagnies va pourtant dans le sens d’une possible acquisition. En effet, ni Monarch ni easyJet n’ont démenti l’information de l’hebdomadaire britannique. La première a simplement indiqué que son succès ces deux dernières années avaient attiré les investisseurs, tout en précisant également avec la Deutsche Bank « les opportunités de fusion /acquisition ». Quant à easyJet, elle n’a pas daigné commenter l’information.

A cela s’ajoute le fait que Greybull Capital, le principal actionnaire de Monarch depuis son repêchage en 2014, est un habitué des reventes à haute valeur ajoutée.

Greybull, le propriétaire de Monarch, est un fond d’investissement coutumier des reventes

Selon le site spécialisé Flight Global, qui consacre un article d’analyse entier à ce sujet, la raison d’être de Greybull est de « récupérer des entreprises en déficit, les restructurer, puis les vendre pour en tirer profit ». Le même schéma semble être à l’œuvre ici.

Monarch Airlines était dans une très mauvaise passe quand Greybull a racheté 90% de ses actions pour une poignée de pain en 2014. Sous la direction d’Andrew Swaffield, le transporteur a abandonné ses avions long-courrier et son activité charter pour se concentrer uniquement sur le court-courrier loisir et low-cost.

Un choix qui a bien évidemment mis les deux compagnies britanniques en concurrence, puisque ces dernières partagent près d’une trentaine de destinations en commun. Une acquisition d’easyJet au prix fort permettrait à cette dernière de se prémunir de la compétition de Monarch qui vole principalement depuis ses pré-carrés : Manchester, Gatwick et bien évidemment Luton, où la compagnie easyJet est basée.

L’opération irait dans le sens de Greybull, qui ferait certainement une belle opération, sauf si le fond d’investissement se décide à attendre un moment plus propice.

L’opposition attendue de Sir Stelios

Mais cette idylle, si tant est qu’elle existe, pourrait être contrariée par un actionnaire beaucoup moins accommodant. Sir Stelios, le fondateur d’easyJet et l’un des actionnaires principaux de la compagnie, aurait d’ores et déjà déclaré que si cette rumeur d’acquisition se confirmait, il voterait contre. « Mon avis personnel en tant qu’actionnaire est qu’easyJet ne devrait pas se lancer dans les acquistions » a-t-il déclaré à Reuters. « Ces derniers sont généralement synonymes de perte de valeur pour les actionnaires ».

Derrière cette menace claire, on retrouve l’opposition presque classique de sir Stelios à toute manœuvre potentiellement coûteuse ou risquée de sa compagnie. Le divorce a en effet été consommé entre le fondateur de la marque et l’équipe dirigeante en 2010, date à laquelle easyJet avait déclaré acheter de nouveaux appareils Boeing pour renouveler sa flotte.

Le projet d’acquisition sera-t-il avorté avant même d’avoir vu le jour ? C’est possible. D’autant plus que d’autres obstacles se dresseront forcément sur la route d’une acquisition d’une telle ampleur. A commencer par celui de la Commission européenne.

Le spectre de la consolidation du secteur et les risques de l’anti-concurrence

Si l’on décidait de croire à cette rumeur d’acquisition plus que crédible, il faudrait également mettre dans la balance la possibilité, tout aussi crédible, que les autorités à la concurrence puissent se prononcer contre cette fusion.

L’exemple de Ryanair et Aer Lingus, dont l’OPA avait été annulée par la Commission européenne et l’autorité britannique à la concurrence, reste gravé dans les mémoires. Les services anti-concurrence craignaient en effet la création d’une situation de monopole en Irlande. Cette même situation serait moins évidente à juger en Angleterre, avec la présence de plusieurs compagnies aériennes britanniques sur le créneau des vols de loisir dont Flybe et Jet2 pour le seul court-courrier.

Pour autant, une consolidation du secteur en Europe semble inéluctable. Si beaucoup estiment que cette consolidation viendra majoritairement des acquisitions faites par les opérateurs historiques comme British Airways ou Air France, la rumeur de l’achat de Monarch par easyJet montre que les compagnies low-cost sont elles aussi à l’affût de relais de développement par de la croissance externe.

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