Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Peu de temps après avoir obtenu à l’arraché son autorisation de voler vers les Etats-Unis, Norwegian Air Shuttle vient de se faire retoquer par les autorités américaines pour le caractère atypique des contrats de steward.

Norwegian parviendra-t-elle à imposer son modèle économique ?

Alors que les mésaventures touchant la compagnie norvégienne se poursuivent, le doute est de plus en plus permis sur la capacité de cette dernière à mener à bien son projet de low-cost long-courrier.

Tout d’abord, la compagnie a longtemps connu des difficultés pour obtenir son AOC ou Airlines Operator Certificate, le sésame qui lui permet de voler vers les Etats-Unis. En cause, l’obscure mosaïque de sociétés que le groupe aurait construit pour opérer et ce dans le but – selon les syndicats européens et américains – de contourner la loi du travail norvégienne. Après de longs mois de blocage qui ont mis la compagnie dans une situation difficile (elle vient en effet d’annoncer 39.7 millions d’euros de perte pour le premier trimestre), Bjorn Kjos, le PDG de Norwegian, aurait pu se croire tiré d’affaire.

Que nenni. Car seulement quelques jours après l’obtention d’un certificat temporaire, une agence gouvernementale en charge de statuer sur le droit des travailleurs aériens a livré un portrait au vitriol de Norwegian Air Shuttle pour les contrats « exotiques » passés avec son personnel cabine.

Une sous-traitance qui dérange

Le sujet n’est pas sans rappeler les compagnies low-cost européennes. Norwegian Air Shuttle a en effet une façon bien particulière d’employer son personnel cabine, puisque la compagnie a recours à un sous-traitant (OSM Aviation Inc) qui va engager le personnel cabine qui travaillera pourtant exclusivement pour Norwegian.

Résultat, la compagnie aérienne paye moins de charges sociales, peut se débarrasser de son personnel à l’envie et, cerise sur le gâteau, éviter les coûteuses charges sociales du pays d’accueil en rattachant le personnel au pays du sous-traitant.

Le modèle, très couru dans l’aérien, a été rendu célèbre par les nombreux procès qui ont impliqué Ryanair, grand adepte de ce type de contrats. Or, si l’Europe peine encore à prendre des décisions fermes sur le sujet, et que ce modèle d’emploi est plus ou moins accepté selon l’Etat membre, il n’en est pas de même pour les Etats-Unis.

Selon les informations publiées par le quotidien norvégien Dagbladet (la source est norvégienne), Norwegian Air Shuttle aurait été recalé par le National Mediation Board, une agence fédérale dont l’objectif est de statuer sur le droit du travail et les pratiques managériales des entreprises de transport aérien ou ferré. « Une compagnie ne peut utiliser des sous-traitants pour ses fonctions essentielles (…) afin d’essayer de se décharger de ses obligations légales tout en prétendant que les sociétés qui participent aux opérations aériennes ne font pas partie de la compagnie aérienne » aurait ainsi conclu le NMB, selon les informations du quotidien.

Reconnaissance d’une association de PNC

Valentin Lorien, président d’une association de personnels de cabine de Norwegian Air Shuttle qui milite depuis longtemps pour une amélioration de leurs conditions de travail, a ainsi été interrogé par le NMB.

La question principale était de savoir si les employés américains de Norwegian recrutés par OSM Aviation Inc. étaient en réalité gouvernés et dirigés par Norwegian. Le NMB a conclu que c’était effectivement le cas, au vu des uniformes de Norwegian, des badges d’identité et le contrôle opérationnel de Norwegian sur ses employés.

Au vu des réponses données par les employés, le NMB en a conclu que Norwegian Air Shuttle et OSM Aviation étaient tous les deux employeurs du personnel cabine. Une décision qui est loin d’arranger la compagnie basée à Oslo, car elle remet en cause son modèle économique basé sur de faibles coûts d’exploitation, dont les coûts sociaux.

Contacté par Dagbladet, Norwegian aurait refusé de commenter dans un premier temps. Pour l’heure, il est également imossible d’avoir accès au jugement de la NMB, mais si ce « bruit de cockpit » venait à être confirmé, les actionnaires de Norwegian pourraient être fort mécontents.

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