Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Ces dernières semaines, les compagnies du golfe Qatar Airways et Etihad ont lancé une nouvelle offensive avec les promesses d’acquisition de plusieurs petites compagnies européennes.

Quel est le point commun entre IAG, Meridiana, Alitalia et Air Berlin ? C’est simple : le consortium et les deux compagnies aériennes ont tous les trois une compagnie aérienne du Golfe à leur capital. En l’occurrence Qatar Airways d’un côté, Etihad de l’autre. Si dans le premier cas l’investissement de la compagnie qatarie semble justifié, dans le second, on peine à trouver l’intérêt économique de telles acquisitions… alors que l’intérêt politique semble tout désigné.

Qatar Airways se renforce dans IAG, envisage l’acquisition de Meridiana

L’an dernier, Akbar Al Baker, DG de Qatar Airways annonçait sa volonté de vouloir augmenter sa participation au capital du consortium ibéro-britannique IAG (qui regroupe notamment British Airways, Iberia et Vueling), à peine quelques mois après l’entrée au capital de ce dernier. En janvier 2015, la compagnie avait en effet acquis 9,99% d’IAG et déclarait « étudier d’autres acquisitions dans le secteur ».

Cette déclaration a donné lieu à un engagement concret, puisque mercredi la compagnie dirigée par Al Baker annonçait avoir monté sa participation à 12% du capital IAG, faisant de Qatar Airways l’un des principaux actionnaires du groupe. Cette décision se justifie économiquement puisque IAG est le consortium le plus profitable à ce jour en Europe, devant Air France-KLM et le groupe Lufthansa.

Parallèlement, Qatar Airways lorgne également du côté des petites compagnies européennes et envisage ainsi de pénétrer au capital de Meridiana, une compagnie italienne en grave difficulté financière depuis deux ans. En effet, cette dernière ne publie plus ses comptes depuis 2013, année où elle perdit 155 millions d’euros, et envisagerait déjà de supprimer des milliers de poste dans le cadre d’un partenariat stratégique avec Qatar Airways. Il s’agit d’un petit revirement pour la compagnie qatarie, qui déclarait l’an dernier ne vouloir se concentrer que sur les compagnies bien gérées ou en bonne santé financière. Pour autant, les conditions sont claires : soit Meridiana accepte de se plier à un plan de restructuration, soit Qatar met un terme à leur accord.

Le PDG de Meridiana n’a quant à lui pas apprécié cette prise de position : ce dernier a ainsi démissionné avant que l’accord de prise de participation ne soit officialisé.

Alitalia, bras armé d’Etihad en Europe ?

Mais s’il y a une nouvelle qui en a surpris plus d’un, c’est la déclaration d’intention d’Alitalia qui envisagerait de racheter la très déficitaire Air Malta. La négociation, selon une information parue dans le Times of Malta, est très avancée puisqu’un memorandum a été signé la semaine dernière. La compagnie italienne envisagerait ainsi d’acquérir jusqu’à 49% d’Air Malta, une décision plutôt surprenante quand on sait qu’Alitalia était dans une situation financière désastreuse depuis l’an dernier et qu’elle est toujours en restructuration.

Loin d’être dupes, le Time of Malta pointe du doigt le soutien à peine déguisé d’Etihad Airways, actionnaire à 49% d’Alitalia, qui supporte financièrement cette dernière depuis plus d’un an. Une situation qui n’est pas sans rappeler Air Berlin, déficitaire, qui a encore creusé ses pertes cette année comme nous l’apprend Laury-Anne Cholez de Tour Mag dans un article détaillé sur sa situation. Comment Etihad parvient à alimenter financièrement deux compagnies déficitaires et envisage même de prendre une participation au sein d’une troisième par compagnie interposée, cela reste une question ouverte (bien que j’ai personnellement une petite idée sur ce point).

Des acquisitions qui posent question

Il est évident que cette salve d’acquisition soulève de véritables questions quant à la stratégie des compagnies du golfe. Chevaux de Troie ou véritable vision stratégique ? Il est encore bien évidemment trop tôt pour le dire.

Mais il est certain que l’Europe reste une zone clef pour Qatar Airways et Etihad, et qu’elles entendent peser de tout leur poids sur celle-ci. L’influence acquise par le truchement des compagnies minoritaires (ou par la participation au sein de consortium majeur) pourraient ainsi être fortement utile lors des négociations sur la compétition auxquelles pourraient se livrer la Commission européenne et les pays du GCC à partir de juin.

Dans ce contexte, nul doute que ces acquisitions ont dû faire grincer des dents, alors que la concurrence des compagnies du golfe suscite de plus en plus de réticences, voire une farouche opposition, de la part des élites européennes. L’Europe semble désormais plongée dans un schisme, entre partisans de règles de compétition plus protectionnistes et partisans d’un modèle ultra-libéral qui donnerait un blanc seeing aux compagnies du golfe. Le sujet est également devenu une véritable pomme de discorde au sein même des compagnies aériennes, depuis qu’IAG a claqué la porte de l’ancienne association de compagnies aériennes. Au sein de l’association reformée Airlines For Europe, la question des compagnies du Golfe est désormais taboue.

Business as usual

Author :
Print

Laisser un commentaire