Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne (le fameux « Brexit ») n’inquiète pas que le gouvernement en place. Les compagnies européennes court-courrier, Ryanair et easyJet en tête, sont particulièrement inquiètes de leurs conséquences sur leurs chiffres d’affaires.

Pour Ryanair, les clients anglais représentent 40% de ses passagers. Pour easyJet, c’est la majorité de ses vols qui pourraient être menacés, dans la mesure où la compagnie est britannique. Le Brexit, il faut le dire, n’enchante pas les transporteurs aériens.

En effet, ce dernier qui revient n’y plus ni moins à faire sortir le Royaume-Uni de l’Union Européenne pourrait entraîner l’augmentation des coûts des vols, emmenée par une potentielle restauration des tarifs douaniers. Plus de liberté de circulation, donc moins de passagers et des prix à la hausse. Si l’impact sur le tourisme promet d’être dévastateur, c’est surtout les compagnies aériennes court-courrier qui ont bénéficié de la dérégulation du ciel européen qui pourraient vraiment en pâtir : easyJet et Ryanair en tête, donc.

Les deux entreprises en sont d’ailleurs bien conscientes. Ainsi, le Premier ministre David Cameron s’est rendu au siège d’easyJet à Luton pour défendre le maintien du Royaume-Uni à l’intérieur de l’Union Européenne. Geste fort symboliquement, car en comparaison, quand est-ce que François Hollande s’est rendu au chevet d’Air France pour la dernière fois ?

Carolyn McCall, la directrice générale de la compagnie anglaise a quant à elle voulu rappelé qu’easyJet « a été fondée en résultat de la dérégulation du ciel européen », que leur avion fétiche, l’Airbus A320, est « entièrement fabriqué en Europe ». La dérégulation a ainsi permis une baisse du coût du billet de 40%.

Pour Ryanair et Michael O’Leary, coutumier des déclarations tonitruantes, le Brexit serait ni plus ni moins une « apocalypse ». Il rappelle également que les emplois et les investissements de Ryanair au Royaume-Uni sont conséquents, et qu’en cas de Brexit, ces investissements iraient ailleurs.

Brexit : éviter de faire peur aux investisseurs

La menace voilée du directeur de Ryanair est également une façon de reprendre la main sur une problématique qui menace sérieusement la compagnie aérienne la plus rentable du moment.

Car il faut absolument éviter un mouvement de panique qui pourrait se ressentir sur l’action. Ainsi, Ryanair n’a pas hésité à remettre en place Sir Richard Branson, PDG de Virgin Atlantic, à la suite de ses propos sur la panique des compagnies low-cost vis-à-vis du Brexit, affirmant que ces dernières ne pourraient plus « voler librement » vers les pays d’Europe. Un argument rapidement démonté par Ryanair qui rappelle que la compagnie est immatriculée en Irlande. La défense est pourtant assez faible : si la liberté de voler sera peu impactée, une grande partie des intérêts économiques de Ryanair repose sur le Royaume-Uni.

Rappelons que la compagnie compte 40% de clients britanniques, que son aéroport le plus important est à Londres (London Stansted), et que les sous-traitants de son équipage (Brookfield Aviation International pour les pilotes, Crewlink pour les PNC) sont immatriculés au Royaume-Uni. Non seulement l’impact du Brexit sur Ryanair est réel, mais l’action pourrait fort bien dévisser si les Britanniques votaient pour la sortie.

Même son de cloche pour la directrice générale d’easyjet qui se veut rassurante. Celle-ci joue d’ailleurs un jeu d’équilibriste en soufflant le chaud et le froid. Alors même qu’à Londres, elle s’affiche avec David Cameron, en Allemagne, dans les colonnes d’un journal économique spécialisé, elle tempère les craintes d’un Brexit en évoquant un impact surestimé.

 

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