Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Les frais additionnels des compagnies low-cost pourraient être menacés en Angleterre, où une class action et une enquête de l’autorité britannique de la concurrence menacent le modèle low-cost.

Le Brexit n’est pas la seule menace qui pèse sur les compagnies aériennes pour lesquelles le marché anglais est stratégique. En ce moment, des transporteurs comme easyJet, Ryanair ou encore Thomas Cook sont confrontés à une pression sur leurs « frais additionnels ». Derrière ce nom volontairement obscur se cache l’une des plus grandes sources de revenus des compagnies à bas coût. Facturation pour un changement de nom, enregistrement au comptoir ou impression des cartes d’embarquement, le prix exorbitant de services généralement gratuits a ainsi attiré l’attention des autorités de l’aviation anglaises, qui questionnent aujourd’hui la légalité du dispositif.

L’autorité de l’aviation civile britannique part en chasse

Ce n’est pas la première fois que les autorités britanniques partent en guerre contre les low-cost. Ryanair a souvent été dans leur ligne de mire. Ces quatre dernières années, la compagnie a dû faire face à une pléthore de décisions administratives ou judiciaires avec des effets plus ou moins importants sur son exploitation.

En 2012, le transporteur irlandais subissait ainsi les foudres de l’Office for Fair Trade pour les frais administratifs appliqués par la compagnie. En 2013, l’UK Competition Commission jouait un rôle décisif dans la décision administratif puis judiciaire qui pousse désormais Ryanair à vendre ses parts au sein d’Aer Lingus. En 2015, les relations se sont également tendues avec l’UK Civil Aviation Authority (CAA) au sujet des droits des passagers supposément bafoués par Ryanair.

Mais la nouvelle pomme de discorde entre la CAA et Ryanair pourrait avoir un impact plus décisif dans la mesure où elle s’attaque aux fameux frais cachés des low-costs. Et cette fois Ryanair est loin d’être la cible unique. La CAA a en effet décidé de faire une revue exhaustive de tous les billets vendus par les compagnies aériennes au Royaume-Uni. Cet examen devrait commencer immédiatement ce mois-ci selon les informations du journal britannique The Telegraph.

L’objectif est de déterminer si les billets vendus sont présentés de façon « claire et ouverte » aux voyageurs. « Le gouvernement et la CAA vont continuer à insister auprès des compagnies aériennes sur l’importance de respecter les règles de transparences sur la vente des billets et s’assurer que les termes et conditions de cette vente – ce qui inclut les frais administratifs et les charges – sont bien clairs pour les passagers (…) » a également déclaré Robert Goodwill, ministre de l’aviation.

Peu relayée en France, l’affaire fait pourtant la couverture des magazines de l’autre côté de la Manche, où les compagnies à bas coût sont accusées de toucher jusqu’à 13 milliards de livres de frais additionnels par an.

Montée en puissance des class actions

Parallèlement, les compagnies à bas coûts pourraient faire face à une menace venant des passagers eux-mêmes. Un site Web d’un genre nouveau pourrait changer les choses. CaseHub est une start-up fondée par un ancien étudiant en droit qui vise à rassembler un grand nombre de personne dans l’objectif de lancer des class actions de masse. Celui-ci utilise pour ce faire les réseaux sociaux, des articles de blog et la flexibilité du Web 2.0 afin de rassembler les mécontents.

Depuis peu, c’est la compagnie Ryanair qui est en ligne de mire du site Web, qui s’intéresse tout particulièrement… aux frais cachés. Prétextant une possible illégalité du dispositif, CaseHub a attaqué Ryanair en justice le mois dernier. Appuyée par 5000 passagers mécontents, la start-up pousse dans le but de faire annuler ses frais, de permettre le remboursement des voyageurs mécontents voire d’encaisser dans la foulée un pactole (35% sur 400 millions de livre requis) en cas de victoire.

Au-delà du cas Ryanair, une telle class action créerait un précédent judiciaire tel que toutes les autres compagnies à bas coût pourraient se retrouver menacée pour des faits antérieurs. En outre, cela priverait les compagnies d’une source conséquente de revenus.

Alors même que le monde de l’aviation bruisse autour d’un potentiel Brexit (dont l’impact pourrait être ou ne pas être surestimé), et si le danger pour les low-cost venait finalement d’ailleurs ?

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