Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Conséquence extra-européenne du Brexit, les vols entre le Royaume-Uni et les Emirats Arabes Unis (EAU) devraient être amenés à diminuer, selon le directeur de l’autorité de l’aviation civile Saif Mohammed Al Suwaidi.

Pouvait-on s’y attendre ? Quelque part, oui. James Hogan, futur ex-DG d’Etihad Airways, n’avait pas caché ses craintes vis-à-vis d’une potentielle sortie du Royaume-Uni, expliquant que le referendum britannique « rendait les gens nerveux » et que les passagers « resteraient à la maison ». Parallèlement, Tim Clark, le président d’Emirates et citoyen britannique, avait également fait montre d’une certaine crainte « Ce que je crains, c’est ce qui va se passer pour le reste de l’UE » a-t-il expliqué en début de mois lors de la très prestigieuse réunion annuelle de l’IATA, à Dublin. « L’instabilité signifie une demande en baisse, et une demande en baisse signifie moins de passagers voyageant par avion. Combien de temps cela durera, je n’en ai aucune idée » a-t-il précisé.

Finalement, Qatar Airways, la dernière des trois compagnies du Golfe, ne s’est pas exprimée pour l’heure. Déjà peu loquace sur le sujet, son DG Akbar Al Baker avait pris le parti de dédramatiser au sommet du IATA, ne croyant pas en une sortie de l’Europe. Aujourd’hui, Qatar Airways doit se sentir davantage secouée que ses concurrents Emirates ou Etihad. C’est compréhensible. La compagnie est un actionnaire important d’IAG, le consortium hispano-britannique qui contient les compagnies British Airways, Iberia ou encore Vueling. Or, à la suite du Brexit, IAG a abaissé ses prévisions de croissance…

Le directeur de l’aviation émirati tout aussi maussade

Aujourd’hui, c’est le directeur de l’autorité générale de l’aviation civile (GCAA) des EAU qui vient confirmer cette inquiétude. Saif Mohammed Al Suwaidi a ainsi commenté le fait que la baisse de la livre britannique et les complications attendues pour l’économie du Royaume-Uni pourrait couper certains passagers émiratis du marché « clef » du Royaume-Uni. « La réaction [entraînée par le Brexit ndlr] pourrait également affecter le pouvoir d’achat des Britanniques qui viennent aux EAU ou qui partent pour l’Australie via les EAU » a-t-il ajouté.

Mais si les compagnies du golfe et les Emirats craignent une perte de profit, effet indirect de la baisse du pouvoir d’achat des Britanniques, celle-ci est avant tout marginale. La nature ayant horreur du vite, les compagnies aériennes ont déjà commencé à prendre acte du vote du referendum et alors même que le fameux article 50 entérinant la sortie du Royaume-Uni n’a pas été voté, easyJet envisage déjà de quitter sa base historique de Luton et Ryanair souhaite investir ailleurs.

Et le malheur des uns ne fait-il pas le bonheur des autres ? La baisse soudaine de l’action de IAG, le consortium propriétaire de British Airways, n’est pas sans déplaire à Qatar Airways, qui selon les rumeurs, y verrait l’occasion rêvée d’augmenter son capital jusqu’à 20 % pour un prix dérisoire

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