Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Au début de l’ère low-cost, Vueling était considérée comme la compagnie rêvée. Elle semblait ne manquer de rien. Portée aux nues par la presse spécialisée, elle faisait pâlir d’envie ses homologues low-cost pour la qualité de son service, son retour client imbattable ou encore la qualité de ses relations avec son personnel.

Il a suffi d’un week-end pour ternir cette success story aux allures de contes de fées quand la compagnie s’est vue dans l’obligation de supprimer 34 vols, et près de 8000 passagers sans perspectives de vacances. Au-delà des manques en termes de planification, cet épisode révèle surtout les fractures nouvelles de la compagnie, soumises à des exigences de rentabilité depuis son entrée au sein du groupe IAG.

Vueling, une compagnie que l’on croyait parfaite

Vueling a été créé en 2004 avant d’être racheté par IAG en 2013. La compagnie bénéficiait de sérieux arguments : une hégémonie incontestable à El Prat, l’aéroport principal de Barcelone (37% des passagers en 2015), des coûts unitaires faibles tout en conservant une meilleure image que Ryanair ou easyJet à l’époque. Pour beaucoup, Vueling était le symbole d’une low cost « propre », ce qui explique pourquoi, entre 2004 et 2015, elle a raflé de nombreux prix dont celui de meilleure compagnie aérienne low-cost du monde par le magazine spécialisé Air Transport News Award. Il est par ailleurs intéressant de constater que depuis les incidents d’El Prat, une page consacrée au prix reçu par Vueling redirige désormais vers une page dédiée aux vols annulés – ici. Ce n’était pas le cas auparavant, comme vous pouvez le voir sur la capture d’écran pris ci-dessous.

Vueling_prize

Y avait-il un décalage entre les prix reçus et la réalité ? Vueling était-elle galvaudée ? Il est impossible de le savoir réellement tant les critères de comparaison des services entre low-cost sont troubles. En revanche, le chaos du week-end dernier a contribué à révéler les dysfonctionnements internes de la compagnie.

Débordée, cette dernière a par ailleurs eu le plus grand mal à justifier un week-end aussi catastrophique.

La faute aux contrôleurs aériens

La grève des contrôleurs aériens ayant eu lieu la semaine dernière a eu des effets paralysants sur la plupart des compagnies aériennes. Pour autant, ni easyJet, ni Ryanair, ni Transavia n’ont connu les graves dysfonctionnements de Vueling.

C’est pourtant sur cet angle que la compagnie barcelonaise a décidé d’axer sa communication. Le directeur commercial de la compagnie a donc assuré que c’était la grève des contrôleurs aériens du 28 juin qui était « la raison principale » des difficultés survenues ces derniers jours. Certes, les compagnies low-cost ont annulé massivement leurs vols, une pratique qui intrigue par ailleurs la DGAC. Mais le cas de Vueling est particulièrement inquiétant dans la mesure où cela a atteint des échelles inquiétantes.

L’explication, en somme, ne tient pas.

Des erreurs sous la direction précédente

Les langues ont quant à elle fini par se délier.

Le syndicat de personnel de cabine évoque ainsi une demande en renforts laissée lettre morte. « Nous avions dit que les prévisions étaient insuffisantes » explique l’organisation dans un communiqué, déplorant que les passagers soient devenus « des victimes supplémentaires des mauvaises pratiques de l’entreprises ».

Car le problème ne serait pas récent, selon les syndicats, qui avaient déjà prévenu contre le manque de planification et l’obsession de la croissance. Une « gestion néfaste » héritée de la précédente direction qui explique le chaos opérationnel que vit la compagnie aérienne aujourd’hui.

Le vrai problème ? Vueling est la machine à cash d’IAG

Face à la détresse de quelques 8000 passagers, Vueling a d’ores et déjà été convoquée par le ministère du tourisme espagnol (Fomento) et les autorités catalanes (la Generalitat) afin de mettre les points sur les i. Javiez Sanchez-Prieto, président de Vueling, a été interviewé peu de temps après cette convocation par El Periodico de Aragon sur les annulations de vol.

Une interview qui a été l’occasion pour le Président de Vueling de rassurer sur la teneur de la réunion avec les pouvoirs publics, soulignant une relation « positive » avec les administrations. Ces dernières, ajoute-t-il, n’envisagent pas « la possibilité de sanctions ». En revanche, les pouvoirs publics ont été très clairs sur le fait que Vueling devait investir davantage, tant dans l’achat d’avion que dans l’embauche de salariés (pilotes, personnel cabine) afin de maintenir ses ambitions.

Car malgré le bon vouloir de son personnel (les pilotes ont ainsi déclaré qu’ils travailleraient sur leurs jours fériés pour compenser la planification excessive de vols), les limites à la croissance sont réelles. Et le président de Vueling a beau évoquer « des circonstances exceptionnelles », la réalité est que Vueling comme toutes les low-cost travaillent à flux tendus. Récemment, avec son intégration dans le groupe IAG, il y a fort à parier que la pression est allée en s’intensifiant. Car Vueling est la seule compagnie profitable du groupe dans le court-courrier tandis qu’Iberia et Iberia Express, d’autres compagnies appartenant au groupe, sont déficitaires depuis plusieurs années.

Dans un souci de rentabilité toujours plus important, la compagnie a donc multiplié les vols sans développer les moyens humains, ce qui amène aujourd’hui la situation que l’on connait. Une compagnie en bout de course donc, aux moyens humains insuffisants, qui, comme tant d’autres low-cost avant elle, arrive au bout de l’exercice de la réduction des coûts.

 

 

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