Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Francfort Hahn, l’aéroport low-cost allemand en déficit chronique, ne connaîtra pas une fin heureuse. Censé racheter la structure pour 16millions de dollars, l’investisseur chinois ne s’est toujours pas manifesté un mois après.

Francfort-Hahn est l’aéroport allemand qui jouit certainement de la pire réputation en Allemagne. Avec un trafic en chute libre depuis 2014, l’aéroport est devenu petit à petit un véritable gouffre financier. Depuis des années, celui-ci n’a jamais réussi à devenir rentable ou même à se départir du monopole de la compagnie low-cost Ryanair qui assure la majeure partie de ses vols. A l’image de l’aéroport de Beauvais-Tillé dans l’Oise, c’est d’ailleurs la compagnie irlandaise qui a nourri son succès car, malgré son nom, cet aéroport du land de la Rhénanie-Palatinat est situé à plus de 130km de l’authentique ville de Francfort.

Cet aéroport, symbole du vol « de nulle part à nulle part » attribué aux low-cost, était donc une véritable épine dans le pied du land allemand qui essayait tant que faire se peut de s’en débarrasser. Las, les pouvoirs publics se sont retrouvés avec une réelle épine dans le pied.

Une offre trop belle pour être vraie

Revenons un mois en arrière.

Le 2 juin, le land de Rhénanie-Palatinat conclut un accord avec Shanghai Yqian Trading (SYT), une société d’investissement chinoise qui propose la bagatelle (inespérée) de 16 millions d’euros. Une somme bien au-delà de ce que pouvait attendre les autorités régionales car il est de source notoire que l’aéroport était déficitaire. En outre, HNA, le spécialiste chinois du secteur, avait déjà poliment refusé l’offre.

Tout portait donc à croire que cet acheteur inespéré et mystérieux (celui-ci ne possédait aucun site Web) appelait à davantage de prudence. Mais l’envie d’y croire était trop belle et les occasions trop rares. L’aéroport de Francfort-Hahn, sous le coup d’une plainte européenne et en perte de vitesse, n’aurait pas trouvé meilleure gérant.

Las, quand des journalistes se sont rendus à l’adresse de la société à Shanghai, l’adresse postale de l’actionnaire principal de SYT, ces derniers n’ont trouvé que des locaux vides. Les autorités publiques ont fait le même constat et ces dernières ont finalement annulé le deal vendredi dernier, conscientes de la catastrophe économique énorme qui aurait résulté du partenariat (en effet, le Land s’était engagé à verser des subventions publiques pendant un certain temps après le rachat, ce qui aurait pu permettre aux fraudeurs d’acquérir frauduleusement plusieurs milliers, voire millions d’euros).

L’antécédent toulousain : le cas Mike Poon

Ce n’est pas la première fois qu’un aéroport européen est la cible d’investisseurs chinois aux méthodes troubles. L’an dernier, le cas Mike Poon avait ainsi jeté une tache d’huile sur le rachat de l’aéroport de Toulouse-Balgnac. Cet investisseur hongkongais avait disparu trois mois après le rachat de l’aéroport régional, ne répondant plus aux messages ni aux sollicitations téléphoniques, sous fond d’affaires de corruption en Chine. L’inquiétude avait été importante pour l’aéroport de Toulouse qui voyait le président d’un consortium détenant plus de 49,9% du capital de l’aéroport disparaître. La disparition, assez brutale, s’était finalement soldée par le retour de M. Poon à la lumière un an plus tard (l’homme serait parti en vacances).

A ce jour, l’aéroport de Francfort-Hahn recherche de nouveaux investisseurs. Espérons que cette fois, ils feront plus attention à vérifier les antécédents et la fiabilité de leurs acheteurs…

 

 

 

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