Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

AirBerlin, la deuxième compagnie aérienne allemande après Lufthansa, vient de vendre son dernier avion en propre selon la presse allemande. A partir d’aujourd’hui, la compagnie opérera uniquement des avions en leasing.

Qu’est-devenu l’Airbus A320 aux livrées d’Etihad et de AirBerlin, inauguré spécialement en 2014 pour célébrer le partenariat commercial étroit des deux compagnies ? En tout état de cause, celui-ci a certainement été vendu.

A ce jour, AirBerlin est dans une situation peu enviable. Chroniquement déficitaire depuis plusieurs années, la compagnie pionnière du low-cost en Allemagne avait finalement été rachetée par Etihad, comme beaucoup d’autres compagnies nationales déficitaires en Europe (Alitalia, Air Serbia…).

Depuis, nombreux sont les analystes qui présument que la compagnie est gardée à flots par sa grande sœur du Golfe, elle-même supposément renflouée par les Emirats Arabes Unis. Mais parfois, cette manne providentielle se relève insuffisante… Depuis plusieurs mois, AirBerlin accumule ainsi les cessions afin de redevenir compétitive. Pour ces raisons, la compagnie low-cost vient de vendre son dernier avion possédé en propre. Un acte qui la ramène au niveau des petites compagnies aériennes du départ.

Comme Ryanair ou easyJet à leurs débuts

Les compagnies qui opèrent des avions en leasing sont généralement des compagnies qui viennent à peine de se lancer. C’était par exemple le cas de Ryanair à ses débuts, qui a dû utiliser un nombre important d’avions en leasing avant sa méga-commande à prix cassés de Boeing, dans la foulée des attentats du 11 septembre.

C’était aussi le cas d’easyJet, et de beaucoup d’autres petites compagnies dont les faibles opérations ne leur permettaient pas de rentabiliser leurs avions. Dès lors, la vente du dernier Boeing de AirBerlin un peu plus tôt cette semaine a tout l’air d’une régression. Celle-ci, relayée par le journal allemand Tagesspiegel, a été confirmé par Uwe Kattwinkel porte-parole de la compagnie. « Il est exact que la flotte de AirBerlin consiste uniquement d’avions en leasing » a-t-il admis.

Cette propension au leasing jette une ombre sur le futur de la compagnie. Certes, des avions en leasing peuvent effectivement assurer les opérations pendant quelques temps. Mais le signal envoyé sur le long-terme laisse entendre que AirBerlin pourrait réduire drastiquement, voire abandonner, ses opérations.

En effet, le leasing est une solution plus coûteuse sur le long-terme que l’achat d’avions. Le fait que la direction n’envisage pas un rachat laisse donc à penser qu’elle veut favoriser la flexibilité à la pérennité.

Vers une rationalisation Alitalia – AirBerlin ?

Pour qui s’intéresse un peu au secteur des compagnies aériennes européennes, la nouvelle de la vente des derniers avions de AirBerlin rappelle fortement que, dans un même temps, Alitalia connait une montée en puissance significative – et ce malgré des finances en berne.

Les deux compagnies, respectivement détenues à 30% et 50% par Etihad, se sont rapprochées en avril 2016 avec un partenariat de partage de codes et des fréquences qui augmenteront « jusqu’à 25%, au départ de l’Italie ». Mais des rumeurs persistantes laissent à penser que ces accords seront plus profitables à Alitalia qu’à AirBerlin. La nouvelle de la vente des avions de AirBerlin semble aller dans ce sens.

En outre, ce serait un choix avisé. Alitalia est une compagnie historiquement nationale, la désosser pourrait entraîner un retour de flamme des politiques italiens. En comparaison, AirBerlin est une compagnie 100% privée, qui n’a pas la même attache émotionnelle…

Le véritable objectif d’Etihad ?

La stratégie d’Etihad en Europe est connue : acquérir des participations minoritaires dans des compagnies déficitaires afin de grandement développer son réseau par des accords de code-shares (le code-share étant une façon pour deux compagnies de mutualiser les sièges proposées à la vente).

Certains journalistes n’ont pas hésité à qualifier ces compagnies renflouées de « chevaux de Troie », puisqu’elles permettent à Etihad d’opérer sans bénéficier du sésame que représentent les libertés aériennes.

Dans le cas de AirBerlin, cette stratégie avait connu un arrêt brutal quand la justice allemande a interdit à cette dernière l’exploitation de code-shares. Finalement, cette dernière pourra opérer la majeure partie des routes de AirBerlin.

La nouvelle récente selon laquelle AirBerlin ne possèderait plus de vols pose un regard nouveau sur le rôle d’Etihad : est-ce que la plupart des routes opérées par AirBerlin ne vont pas progressivement être migrées, quitte à en faire une coquille vide ? En 2016 en effet, la compagnie allemande n’opère plus qu’un quart des routes qu’elles opéraient à son lancement. Est-ce qu’Etihad ne va pas profiter du long-courrier de AirBerlin tandis qu’Alitalia s’accaparera du court-courrier ?

L’absence d’avions possédés en propre par AirBerlin ouvre le chemin à une mutualisation des moyens encore plus forte, et à une régression potentiellement mortifère pour la compagnie qui fut, un jour, la première low-cost d’Allemagne.

Etihad réussira-t-elle à prouver que, en fin de compte, les compagnies aériennes sont bien mortelles ?

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