Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Eurowings, la compagnie low-cost de Lufthansa, pourrait être intéressée par les opérations d’Air Berlin selon le quotidien allemand Handelsblatt. Une information ni confirmée, ni infirmée par Lufthansa ou Etihad, actionnaire majoritaire de AirBerlin.

Je l’évoquais dans un précédent article : la vente du dernier avion en propre de la compagnie AirBerlin n’augurait rien de bon pour le futur à long-terme de cette dernière. Mais pouvait-on s’attendre à ce que son déclin soit finalement plus proche que prévu ?

C’est ce qu’il pourrait sembler, au vu d’une information capitale du quotidien allemand Handelsblatt viendrait confirmer qu’Eurowings, la compagnie low-cost de Lufthansa, pourrait récupérer une partie des opérations d’AirBerlin.

Selon le journal, Eurowings, la compagnie low-cost de Lufthansa, pourrait récupérer certaines routes opérées par AirBerlin en dehors de ses bases principales, celle de Dusseldorf et de Berlin. La compagnie allemande récupérerait ainsi les précieux slots d’AirBerlin dans plusieurs aéroports tels que Vienne, mais aussi, près de 40 avions d’AirBerlin et tout l’équipage associé. Cela ne serait pas très difficile, dans la mesure où les avions de la compagnie sont tous sous un contrat de leasing. Potentiellement, Air Berlin pourrait conclure un contrat de « wet lease », c’est-à-dire « prêter » à Eurowings ses pilotes et son équipage moyennant finances, mais cette option reste la moins avantageuse pour la filiale de Lufthansa.

Pour Eurowings, faire d’une pierre, trois coups

Si cette information devait être confirmée dans les jours qui viennent, Eurowings pourrait réaliser un coup de maître. En effet, la compagnie de Lufthansa cherche désespérément à grandir et est prête pour cela à tous les moyens : elle a déjà par exemple lancé un programme de filialisation comme le rapportait le site Web Capa et ce dans l’objectif de nourrir depuis longtemps chère à sa maison-mère (Lufthansa avait ainsi essayé de racheter Wizz Air à une époque).

Mais en propre, Eurowings manque cruellement de pilotes, d’équipages et d’avions (voir « Transport aérien : quand le RH tue les low-cost »). Obtenir de AirBerlin ce qui lui fait cruellement défaut pèsera certainement dans la négociation, d’autant plus que la low-cost berlinoise, détenue à 29,9% par Etihad, est dans une situation financière catastrophique. Le quotidien Handelsblatt a ainsi révélé que ce n’est pas AirBerlin, mais bien Etihad qui négocie avec Lufthansa.

Celle-ci a toutes les raisons de garder sa participation au sein d’AirBerlin pour des raisons liées aux libertés de l’air si chèrement désirées et aux codeshares, mais elle ne peut continuellement renflouer une compagnie aérienne à l’agonie. D’autant plus qu’Alitalia semble être un poulain beaucoup plus promoteur : la montée au capital de AirBerlin il y a quelques années n’exclut donc pas qu’Etihad la gardera intacte…

Pour Lufthansa : sécuriser son marché intérieur

Au-delà de l’aspect purement opérationnel qui consiste pour Eurowings à récupérer routes, avions et équipages, il est également évident que Lufthansa cherche ainsi à sécuriser son marché intérieur. Actuellement, l’Allemagne est sous la pression des low-cost. EasyJet a depuis longtemps établi une base pérenne à Hamburg. Ryanair, qui pourrait être chassée d’un aéroport de Francfort-Hahn financièrement exsangue, cherche un point de sortie. L’irlandaise a déjà démontré sa capacité à reprendre rapidement et efficacement les lignes des autres.

En jouant cette carte, la compagnie major Lufthansa pourrait bien réussir (comme Air France-KLM avant elle) à sécuriser une partie de son marché intérieur. La fin des négociations devrait avoir lieu rapidement, d’ici fin octobre, selon le journal allemand.

Author :
Print

Laisser un commentaire