Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Les salaires des pilotes au sein des compagnies possédées par Etihad divergent significativement. C’est en tout cas ce qu’a pu conclure Times of Malta, qui a accédé à des documents confidentiels de la justice maltaise.

Depuis quelques années, la compagnie du golfe Etihad enchaîne les participations minoritaires ou majoritaires dans les compagnies aériennes européennes, et ce dans un silence ahurissant de la part des élus. Cette stratégie que l’on appelle stratégie du codeshares consiste à étendre son réseau à travers les compagnies achetées, ce qui permet également à Etihad de s’affranchir des nécessaires « libertés de l’air » qui lui manquent tant.

Cette stratégie n’est pourtant pas indolore. Les pilotes d’Air Malta s’en sont bien rendu compte, quand ils ont réalisé que tous les pilotes au sein de l’Etihad Group n’étaient pas payés de façon égale. A l’heure où Alitalia, la compagnie détenue à 49,9% par Etihad est lancée dans des tractations pour acheter 49% d’Air Malta, ces différences de traitement entraînent une grogne des salariés.

Enregistrement audio et procédures judiciaires

L’information a été relayée par le Times of Malta qui a pu accéder à des documents confidentiels où le Commandant Azzopardi, un représentant syndical, s’exprime devant le management d’Air Malta, le 27 juin dernier.

Le Times indique avoir eu accès aux enregistrements sous forme audio par le biais d’une procédure en justice lancée par Air Malta dont le but serait d’empêcher une grève des pilotes.

Dans l’enregistrement, sous forme audio, le Commandant Azzopardi défend qu’il serait dans « l’intérêt général » d’assurer un salaire égal au sein des compagnies du groupe afin d’éviter « les réclamations ». En conséquence, ces derniers ont réclamé une hausse de 30% de leurs salaires, une demande que la direction d’Air Malta juge irrecevable, dans la mesure où les pilotes réalisent moins d’heures que leurs confrères européens et que la compagnie est déficitaire.

Pour autant, les pilotes acceptent mal le fait que leurs confrères d’Air Berlin soient actuellement mieux payés qu’eux, alors que cette compagnie est également déficitaire. En outre, le Commandant Azzopardi a rappelé le fort ressentiment des pilotes d’Air Malta, confrontés à une baisse de salaire régulière depuis plusieurs années.

Une compétition intra-compagnies ?

Les demandes des pilotes d’Air Berlin semblent assez peu recevables à l’heure actuelle. Au-delà de la situation déficitaire d’Air Malta, les pilotes de celle-ci travaillent 660 heures en moyenne par an, un chiffre bien en deçà des 900 heures maximum prévues par le règlement européen. Il y a donc fort à parier que malgré les menaces de grève, la direction ne cède pas aux demandes.

Néanmoins, les syndicats semblent avoir soulevé un problème d’envergure. Si les prises de participation d’Etihad n’en font pas une vraie holding, un sentiment d’appartenance à un groupe est en train de se développer. Et si, au sein de ce groupe, les compagnies alliées sont mises en concurrence, il y a fort à parier que certains transporteurs s’en sortiront moins bien que d’autre.

A l’image de la concurrence tacite entre Iberia Express et Vueling, qui grignote petit à petit la vitalité de la première.

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