Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Pendant six mois, Ryanair n’a pas ménagé ses efforts pour obtenir du ministère des finances irlandais que ses tentatives de lobbying restent secrètes. Une mesure sans fondement légal.

Il y a deux choses que Michael O’Leary déteste plus que tout au monde : les taxes et la défaite.

Ces deux motivations à elles seule expliquent certainement pourquoi le CEO de Ryanair a passé six mois de son très chargé emploi du temps à essayer d’obtenir une sanction du ministère des finances irlandais, selon les informations du quotidien the Irish Examiner.

Le tort de l’administration ? Avoir révélé que M. O’Leary et Ryanair ont mené une campagne de lobbying intense auprès du Ministre des Finances Michael Noonan dans le but d’empêcher la mise en place d’une augmentation des taxes passagers à l’aéroport de Dublin (nous y reviendrons, mais ce point est d’ailleurs capital pour Ryanair après le Brexit).

Trois lettres et six mois de pression pour faire condamner le ministère de la justice

Le pot aux roses a été dévoilé début février quand une « requête pour information » (conséquence de la loi pour la transparence irlandaise, ou Freedom of Information Act) a amené le Ministère de la Justice à publier des échanges entre Ryanair et les pouvoirs publics sur l’augmentation des taxes aéroportuaires.

Les échanges, remontant à novembre 2015, révélait les pressions que Ryanair avait exercé sur le Ministre des transports afin de les faire abandonner une loi prévoyant l’augmentation des taxes aéroportuaires en Irlande (la manœuvre est courante chez la compagnie aérienne, qui a ainsi eu gain de cause il y a deux semaines en Italie).

La publication de ces échanges ont été loin d’enchanter Ryanair et son directeur juridique Juliusz Komorek, qui s’est lancé dans une croisade visant à ce que l’affront ne soit plus répété.

Ainsi, dès février et à trois reprises, le chargé des affaires légales de Ryanair a envoyé trois lettres au département. Une première fois pour empêcher la publication d’une lettre estimée comme « commercialement sensible ». L’argument ne sera pas retenu par le ministre des finances qui publiera l’unique correspondance envoyée au Ministre des Finances Michael Noonan – ce dernier n’ayant pas donné suite.

Ensuite, et plus étonnamment, Ryanair enverra une lettre de menace au Ministère des finances, indiquant avoir adressé une « plainte formelle » au Commissaire pour l’Information, dénonçant une divulgation « inappropriée », et demandant à ce que le ministère des finances soit « soumis à une enquête et sanctionné ».

Mais le département auquel s’adressera Ryanair par le biais de deux missives séparées, ne prendra pas la défense du transporteur. Estimant au contraire que le principe même du Freedom of Information Act étant de favoriser la transparence, le Commissaire a conclu qu’il n’y avait pas de raison d’investiguer… et a rendu toutes les correspondances publiques.

L’objectif de Ryanair, ne pas engendrer de panique ?

Il est notoire que Ryanair mène une guerre sans merci contre toutes formes de taxes (en Italie, où elle a réussi, mais aussi en Angleterre, en Irlande à nouveau ou en Norvège), avec parfois des résultats bien réels.

La compagnie irlandaise refuse en effet l’augmentation des taxes aéroportuaires, arguant que cela augmenterait les prix des billets, réduirait le nombre de passagers et donc nuirait à l’économie du pays. Un argumentaire qui a pourtant ses limites puisqu’en Angleterre, une taxe aéroportuaire particulièrement importante n’a pas empêché Londres de devenir le premier hub européen (une chose que le Brexit pourrait en revanche tout à fait changer).

Pour ce faire d’ailleurs, la compagnie n’a pas hésité à mener des opérations de lobbying de haut vol. Ainsi, le site d’information Politico.eu aurait dévoilé comment la compagnie utiliserait des organisations professionnelles telles que l’A4E (dans lesquelles on retrouve Air France-KLM ou Lufthansa) dans le but de passer outre les lois sur la transparence irlandaise.

Dans le cas précis de la taxe aéroportuaire, il semble également que Ryanair souhaite éviter d’ébruiter à quel point la montée des taxes irlandaises l’inquiète. Ce qui est tout à fait compréhensible. La compagnie européenne doit en effet faire face au Brexit et aux risques que fait peser sur ses résultats la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

En effet, Ryanair souhaite y remédier en redéployant ses routes vers l’Europe. En revanche, si les vols depuis ou vers l’Irlande, qui pourrait ainsi devenir un hub de remplacement pour la Grande Bretagne sur certaines destinations, venaient à devenir plus chers, voilà qui serait une véritable épine dans le pied de la compagnie. Cette dernière a en effet déclaré pouvoir maintenir ses prévisions de résultats annuels telles quelles, malgré le Brexit….

Author :
Print

Laisser un commentaire