Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Le discours a changé. Les résultats financiers de Ryanair pourraient bien être affectés par le Brexit, contrairement à ce que la compagnie aérienne aurait laissé entendre il y a quelques mois.

Fervente militante du « Remain », Ryanair s’est retrouvée plutôt dépourvue quand les urnes ont décidé la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Toutes les compagnies britanniques ont ainsi dévissé en bourse, Ryanair comprise, dans la mesure où l’irlandaise fait 40% de son chiffre d’affaire outre-Manche. C’est la raison pour laquelle l’affirmation du transporteur selon laquelle ses prévisions annuelles sont maintenues malgré le Brexit en ont surpris (ou rassuré) plus d’un. Tout juste concédait-elle il y a quelques mois que les prix du billet ont été affectés par les« grèves des contrôleurs aériens, les événements terroristes et la faiblesse de la livre après le Brexit».

Deux mois plus tard, la confiance dans ces prévisions est moins certaine.

Hier, lors de l’Assemblée Générale des Actionnaires de Ryanair, Michael O’Leary n’a certes pas prononcé le terme fatidique de « profit warning », qui avait déjà beaucoup coûté à la compagnie par le passé. Pour autant, la voix était incertaine et les réponses prudentes pour le CEO de la compagnie aérienne la plus rentable du monde.

La barre fatidique du 12%

La fin d’année sera très serrée pour Ryanair, pourtant habituée aux prévisions très réalistes quand il s’agit de croissance. Les prévisions de 1,375 milliards d’euros de profits pourraient ne pas être atteinte, a expliqué Michael O’Leary.

Le nœud du problème est une guerre des prix, conséquences de plusieurs évènements géopolitiques comme le Brexit, les attentats de Bruxelles et les attentats de Paris. Originellement initiée par Ryanair, la politique de baisse drastique des prix a fini par lui exploser entre les mains. Les prix sont actuellement en chute libre, et devrait baisser « de 10 à 12% cet hiver » selon le CEO de Ryanair. Néanmoins, Michael O’Leary a prévenu, si les prix descendent en dessous de 12%, la compagnie devra revoir ses prédictions.

La dernière fois qu’elle l’a fait, il y a deux ans, la compagnie aérienne avait entamé un changement radical en intégrant des éléments nouveaux à son business model et en changeant sa communication. Que pourrait-elle faire de plus désormais pour rassurer les investisseurs ?

La question se pose d’autant plus que le Brexit pourrait faire fuir les investisseurs britanniques de Ryanair.

 

Structure actionnariale menacée

Il semble que Ryanair prenne progressivement conscience des risques que font peser le retrait du Royaume-Uni de l’Union Européenne sur l’entreprise… à commencer par sa structure actionnariale. Comme le rappelle justement Raphaël Meulders de la Libre Belgique, les deux tiers des actionnaires de Ryanair sont des fonds américains et britanniques (voir Infographie, crédit Libre Belge).

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La structure financière de Ryanair pourrait donc se retrouver sous pression si les 20% investisseurs britanniques de la compagnie étaient considérés comme étrangers, en désaccord avec la loi européenne qui fixe les investissements étrangers à 49,9% du capital d’une compagnie aérienne. L’hypothèse a beau paraître farfelue, elle inquiète suffisamment Michael O’Leary pour qu’il l’évoque. Même le très sérieux Irish Independent a publié sur le sujet, mettant en avant les risques pour la structure actionnariale.

A cela s’ajoute le fait qu’une grogne des actionnaires critiquant le fait que Michael O’Leary soit trop payé a abouti à un vote de défiance contre la rémunération du CEO. Il est à craindre que si profit warning il y a, cela ne dégrade davantage les relations entre actionnaires et comité exécutif.

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