Bruits de cockpit

L'aviation européenne et ses bruits de couloir.

Les propos rassurants de Carolyn McCall n’auront pas suffi. Le Brexit a bel et bien été synonyme d’Armageddon financière pour easyJet, qui chute lourdement en Bourse alors que la livre britannique s’effondre.

Si l’on en croit les indicateurs classiques du transport aérien, easyJet devrait se porter au beau fixe. Avec un load factor (taux de remplissage) de 6,6% supérieur à l’année précédente et une chute du kérosène, principale source de dépense des compagnies aériennes, la compagnie aérienne n’a pas démérité. Pourtant, la vulnérabilité de celle-ci au cours de la bourse et de la livre vient de la faire plonger dans le rouge. La descente a été vertigineuse : 28% de moins que l’an précédent. La compagnie reste néanmoins profitable.

Retour de bâton

Au lendemain du Brexit, Carolyn McCall a longtemps essayé de rassurer ses actionnaires en déclarant que l’impact de la sortie du Royaume-Uni était « surévalué ». Les variations du taux de change post Brexit sont les premiers responsables de l’effondrement d’easyJet en bourse, selon Carolyn McCall.

Mais ce n’est pas tout. « L’environnement actuel est difficile pour toutes les compagnies aériennes, mais l’histoire démontre que dans ces moments difficiles, les compagnies les plus fortes se renforcent », précise la CEO de la compagnie low-cost européenne. En substance, McCall évoque à la fois les attaques terroristes multiples qui ont secoué l’Europe à Paris et à Bruxelles, mais aussi les problèmes internes tels que la grève des pilotes qui devraient coûter à la compagnie la bagatalle de 125 millions de livres.

Cette baisse soudaine devrait amener les profits avant impôts 490 et 495 millions de livres, bien en dessous des 686 millions de livres de l’an passé. Ce coup d’arrêt est la première baisse de profits d’easyJet depuis 2009 et également la baisse la plus importante d’une compagnie selon le FTSE 100.

Stagnation ?

En mai, Carolyn McCall avait pourtant pris les devants en prenant une mesure pansement, qui consistait à donner davantage de dividendes aux actionnaires malgré un premier semestre décevant. Ce sera loin de suffire, eu égard les mauvaises performances du groupe.

Certains se posent la question de savoir si la polémique du Brexit et des attentats ne sont pas également les deux arbres qui cachent la forêt. Comme les nombreuses grèves des aiguilleurs du ciel l’ont constaté, les low-costs européennes ont pris l’habitude d’opérer avec des marges si serrées que le moindre impair leur coûte davantage et réduit parfois drastiquement leurs performances. Mais ce n’est pas tout.

Comme le faisait remarquer l’experte Victoria Moore du magazine spécialisé ATW, la tendance des compagnies à sous-vendre leurs sièges pour conserver leurs taux de remplissage élevés a aussi précipité une guerre des prix. Dans certains des cas, il s’agit d’une politique menée de façon consciente, comme c’est le cas pour Ryanair qui essaye par la même de mettre la pression sur ses rivaux… ou réinsuffler de la confiance sur un marché de la demande sinistrée par les attentats.

Quelles que soient les raisons, bonnes ou mauvaises, qui poussent à la tendance de la baisse généralisée des prix du billet, cette stratégie finit fatalement par se ressentir dans le chiffre d’affaire.

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