Norwegian Air Shuttle va chasser des pilotes en Turquie
avril 5, 2016
Selon le site spécialisé Airline.ee, la compagnie low-cost norvégienne se préparerait à recruter massivement des pilotes turcs, certainement dans le but de développer son offre long-courrier. Norwegian Air Shuttle aurait ainsi envoyé des propositions de poste à des pilotes par mail, allant même jusqu’à les inviter pour des entretiens. Les représentants de Norwegian devraient être à Istanbul le 18 et le 19 mai.
Une industrie sous-alimentée en pilotes
Ce recrutement agressif de la part du transporteur norvégien s’explique d’abord pour des raisons macro-économiques. L’industrie du transport aérien connait actuellement une pénurie de pilotes en Europe et dans le monde, ce qui pousse les compagnies à recruter à travers le monde. Et cela se ressent au niveau du court comme du long courrier. Qatar Airways cherche ainsi à recruter des pilotes turcs et doit organiser une présentation en Turquie le 12 et 13 avril. Ryanair elle serait déjà en train de chasser les pilotes des petites compagnies concurrentes irlandaises comme City Jet ou Stobart Air, selon une information du quotidien irlandais the Independent.
Une tendance qui n’est pas amenée à s’inverser selon les prévisions du constructeur aérien Boeing qui, au vu des livraisons prévues durant les prochaines années, prévoit que 95000 postes de pilotes seront nécessaires pour la seule Union Européenne à moyen terme.
Trouver une alternative aux contrats asiatiques
Mais au-delà des raisons macroéconomiques évoquées ci-haut, le besoin en pilotes de Norwegian Air Shuttle semble urgent. La compagnie norvégienne a besoin d’une main d’œuvre disponible et bon marché, disposant d’accords avec les pays européens et les Etats-Unis, afin de consolider ses opérations long-courriers vers les Etats-Unis.
Après plus d’un an de conflit ouvert avec les compagnies aériennes américaines et les syndicats de pilotes, Bjorn Korn, le PDG de Norwegian, sait qu’il faut accélérer les opérations très rapidement afin d’être rentable. Le cœur du conflit résidant dans l’emploi de contractuels thaïlandais, ce qui constituerait une distorsion de concurrence selon les syndicats américains de pilotes, Norwegian s’est engagé à utiliser des effectifs uniquement européens. Quid des turcs ? Seront-ils affectés aux opérations transatlantiques ou viendront-ils alimenter les lignes entre Oslo et les pays du Golfe ?
La question reste ouverte. Toujours est-il que le groupe a énormément investi dans l’achat de Boeings de nouvelle génération, allant jusqu’à mettre en jeu la santé économique de l’entreprise. Il faut donc multiplier les opérations pour faire rentrer des bénéfices opérationnels importants et renforcer un modèle économique menacé de surchauffe.
Une analyse partagée par le CAPA (Centre of Aviation) qui rappelle l’importance d’une main d’œuvre bon marché pour que le modèle économique tienne la route. Ainsi, le recours à des contrats turcs pourrait être vu comme moins clivant, permettant ainsi à Norwegian de contrer les accusations de dumping social dont elle est fréquemment l’objet.
Tous les pilotes ne se valent pas ?
Au final, si le besoin en pilotes de ligne est de plus en plus important, il y a fort à parier que certains marchés resteront assez fermés face à l’afflux de demandes. C’est le cas des marchés de l’emploi allemands ou français, dont les modèles sociaux plus protecteurs rebutent les compagnies low-cost ou les compagnies du Golfe.
Conséquence directe, les pilotes français et allemands, boudés par les seuls employeurs, contractent dans d’autres pays européens moins regardants, parfois via des systèmes de Pay2Fly particulièrement dangereux et peu éthiques (voir à ce sujet le reportage glaçant de Pièces à Conviction sur le système du Pay2Fly et ses enjeux sécuritaires).
Que Norwegian chasse désormais des pilotes turcs peu chers est finalement une preuve supplémentaire qu’un dumping social à l’échelle européenne, voire mondiale, est à l’œuvre. La solution, comme le préconisait récemment un rapport du Sénat français, pourrait venir d’une harmonisation des modèles sociaux des travailleurs aériens… ou d’une plus grande fermeté de l’Union.
Mais une telle percée est-elle seulement envisagée à Bruxelles ?
Author : Bruits de cockpit